Notre sélection, testée à pied, dans la médina de Salé.
Depuis les terrasses des cafés de Rabat, depuis le tramway qui franchit le Bouregreg, depuis l'avion qui atterrit à l'aéroport de Rabat-Salé, la médina millénaire est là, juste en face. Peu de voyageurs prennent le temps de traverser le fleuve.
Après plusieurs décennies passées à Rabat, nous nous sommes installés dans la médina de Salé, rue Moul Goumri, tout près de la Grande Mosquée, pour y reprendre une ancienne demeure. Ce que nous y avons découvert nous a conquis : Salé garde sa vie de quartier, à son rythme, avec ses souks, ses artisans et ses familles.
Voici neuf choses à faire dans la médina de Salé, testées à pied et par tous les temps.
01
Longer les remparts et collectionner les portes
Commencez par Bab el-Mrissa, au sud. Cette porte maritime mérinide du XIIIᵉ siècle, aux dimensions monumentales, permettait autrefois aux navires d'entrer jusqu'à un bassin intérieur, souvenir de l'époque où la République du Bouregreg, cité corsaire, faisait trembler les marines européennes.
Remontez ensuite vers le nord jusqu'à Bab Chaafa, porte d'inspiration andalouse ignorée des circuits touristiques. Un café s'est installé dans sa tour : de là, on regarde passer la vie ordinaire de la médina. Terminez par Bab Fès (Bab Lakhmiss), au sud-est, une porte d'époque almoravide, parmi les plus anciennes de la ville.
Notre conseil : franchissez la porte, puis retournez-vous pour regarder la médina depuis l'extérieur.
02
Monter au Borj Adoumoue, le « Bastion des Larmes »
Ce bastion d'artillerie posé sur les remparts face à l'Atlantique n'a ni billetterie ni horaires : c'est le gardien qui ouvre, sur demande, contre une dizaine de dirhams. À l'intérieur, des canons d'époque ; au sommet, une vue immense sur l'océan, l'embouchure du Bouregreg et Rabat en face.
Son nom étrange intrigue tous les visiteurs, et il a une histoire. En 1260, un jour de fête de l'Aïd, une flotte castillane envoyée par Alphonse X débarque par surprise à l'embouchure du fleuve, là où les remparts s'arrêtaient : la ville est mise à sac, des milliers de Slaouis emmenés en captivité vers Séville. Dès l'année suivante, le sultan mérinide Abou Youssef Yacoub fait ériger un bastion à l'endroit exact du débarquement et le baptise Borj Adoumoue, le Bastion des Larmes, en mémoire des pleurs de la ville. Huit siècles plus tard, Salé n'a jamais rebaptisé son bastion, et la Suite du Borj de la maison porte son nom.
Conseil d'initié : venez en fin d'après-midi, quand la lumière rase les remparts et que les pêcheurs rentrent. Vous serez, très probablement, les seuls visiteurs.
03
S'arrêter devant la Grande Mosquée et le mausolée de Sidi Abdellah Ben Hassoun
Au sommet de la médina, la Grande Mosquée de Salé, fondée au XIᵉ siècle, forme avec ses abords le cœur sacré de la ville. À quelques pas se trouve le mausolée de Sidi Abdellah Ben Hassoun, le saint patron de Salé, protecteur des voyageurs et des gens de mer.
L'accès aux lieux de culte est réservé aux musulmans, mais l'extérieur suffit à saisir l'atmosphère : c'est ici que se déroule chaque année, à la veille du Mawlid, la procession des cires, un cortège de lanternes monumentales portées en musique à travers la médina, une tradition propre à Salé, entretenue depuis des siècles. Si vos dates s'y prêtent, organisez votre séjour autour.
04
Entrer dans la Médersa mérinide, du XIVᵉ siècle
C'est le seul monument de la médina entièrement ouvert à la visite. Fondée en 1341 par le sultan mérinide Abou El Hassan, cette ancienne école coranique déploie sur quelques dizaines de mètres carrés tout le raffinement de l'art marocain : zelliges, stucs ciselés, cèdre sculpté. Montez jusqu'à la terrasse : la vue embrasse les toits de la médina, le Bouregreg et la tour Hassan en face.
Comptez environ 80 dirhams l'entrée. Vous y serez souvent seuls.
Notre conseil : si la terrasse est ouverte, montez-y.
05
Se perdre dans le quartier Talaa et longer les zaouias
Autour de la Grande Mosquée s'étend le Salé savant et spirituel : le quartier Talaa et ses ruelles résidentielles, où les portes cloutées cachent des demeures somptueuses qui ne montrent rien à la rue. C'est le principe même de la maison arabe : toute la richesse est à l'intérieur.
C'est ici que se concentrent les zaouias, sièges des confréries soufies. La zaouia Tijania, dont le rayonnement s'étend sur toute l'Afrique de l'Ouest, attire des pèlerins venus de Dakar ou d'Abidjan. Fermées aux non-musulmans, elles se devinent aux portails ouvragés et aux allées et venues des fidèles. Marchez lentement, levez les yeux : chaque heurtoir, chaque linteau raconte une famille, une époque, une origine andalouse.
06
Prendre le temps sur la place du Souk Laghzel
Le Souk Laghzel, l'ancien marché à la laine, est un endroit où s'arrêter, et où rester. La place est arborée, ombragée, bordée de terrasses de café où l'on prend le temps de boire un thé en regardant passer la vie du quartier. Quelques concept stores s'y sont installés ces dernières années, aux côtés des commerces plus anciens.
Tout autour, les souks vendent aux habitants de la médina : épices, laine, nattes, vêtements, herbes médicinales. Poussez jusqu'à Bab Sebta, au nord-est, pour le marché alimentaire, avec ses fruits, ses poissons de la criée voisine et ses montagnes de menthe.
Étal de pastèques, marché de Bab Sebta
07
Rencontrer les potiers de l'Oulja
À une courte course de taxi de la médina, sur la rive du Bouregreg, le complexe des potiers de l'Oulja rassemble des dizaines d'ateliers où l'on travaille l'argile comme il y a un siècle : tours à pied, fours, séchage au soleil. La poterie de Salé reste peu connue : on regarde les artisans travailler, et on achète au prix de l'atelier.
On y trouve aussi vanniers et travailleurs du fer forgé. C'est l'endroit où acheter un souvenir qui en soit vraiment un.
Nattes et paniers chez un vannier de l'Oulja
08
Découvrir le musée Belghazi des instruments de musique
Dans la médina même, installé dans une ancienne médersa du côté du Mellah (l'ancien quartier juif de Salé), le musée Belghazi des instruments de musique rassemble la collection patiemment constituée par la famille du même nom : instruments de la tradition andalouse et berbère, luths, rebabs, percussions. Un lieu peu connu, qui rappelle que Salé fut de tout temps une ville de musique, celle des noubas andalouses comme celle des confréries.
À ne pas confondre avec le Dar Belghazi de Bouknadel, sur la route de Kénitra, tenu par la même famille de collectionneurs : celui-ci est à quelques pas du souk.
09
Finir les pieds dans le sable
Salé est une ville de mer, et sa plage se rejoint à pied depuis la médina. C'est celle des familles slaouies, des surfeurs du Bouregreg et des pêcheurs. En fin de journée, marchez vers l'embouchure du fleuve : d'un côté la tour Hassan et la Kasbah des Oudayas illuminées, de l'autre les remparts de Salé.
Une large vue sur les deux villes jumelles, gratuite.